vendredi 29 janvier 2010

Illustration pour les éditions L'Interligne


En attendant de voir du nouveau matériel que je suis en train de produire pour un livre destiné aux enfants, voici une illustration de page couverture réalisée pour les éditions L'Interligne, situés à Ottawa.

Le titre du livre est « Le Chenil » et l'auteur est Patrice Robitaille. J'aime bien produire ces images pour enfants ce qui me sort de mon travail un peu plus «dark» que je fais en BD.

mercredi 27 janvier 2010

Visite de la ministre Saint-Pierre à Londres




La ministre de la Culture, des communications et de la condition féminine du Québec, madame Christine Saint-Pierre, est venue visiter le studio du CALQ à Londres le 11 décembre dernier. Elle est aussi venue visiter mon exposition intitulée « Hearts of Clay » au Acme Project Space. Voici quelques photos de la visite...

mercredi 1 juillet 2009

Fenêtre[s] sur Londres


À vous tous qui me suivez régulièrement sur ce blogue, je tiens à vous remercier pour vos commentaires (sur blogger et sur Facebook) depuis que je tiens mes petites chroniques en décembre dernier. J'apprend de très nombreuses choses lorsque vous m'écrivez et j'adore cet aspect de mon travail car, lorsque j'ai commencé à faire de la bande dessinée, nous devions attendre la sortie du livre pour recevoir des commentaires. Nous devions alors ajuster notre travail au projet suivant c'est-à-dire plusieurs mois ou années après la sortie d'un livre. Avec l'échange constant que permet le blogue, je peux ajuster mon travail à la planche suivante au jour le jour...

Une excellente nouvelle : à compter de demain, je tiendrai pour les six prochains mois mon blogue intitulé «Fenêtre[s] sur Londres» sur www.voir.ca/blogues sous la section «livres». L'idée originale est de la rédactrice en chef de Voir Gatineau-Ottawa, Mélissa Proulx. Je vous invite à continuer de suivre les progressions de «Cœurs d'Argile» sur ce blogue et à m'envoyer vos messages que je lirai avec une grande attention. Vous pourrez également suivre mes découvertes londoniennes sur le même blogue.

Si vous voulez en savoir plus, à compter de jeudi (demain), vous pourrez cliquer sur le communiqué vers ce lien. Je continuerai toutefois à animer le blogue de la collection «souches» que je dirige au Studio coopératif Premières Lignes. Merci de me nourrir par votre intérêt envers mon travail!

Sur la photo, il s'agit d'un scan que mon ami Raymond Ouimet a fait du négatif que j'ai trouvé dans la maison et qui montre Lionel Quesnel dans la vingtaine.

En route pour la Gaspésie V - suite et fin



Lundi 20 juillet 1925
Après un bon sommeil réparateur, on se lève assez tard réveillés par la chaleur car le soleil surplombait notre campe depuis longtemps.

Encore aujourd’hui, on va à la pêche sur la mer. La morue est rare. Cependant on a dû en prendre quelques cent livres. On pêche dans 75 Brasses d’eau (environ 450 pieds) et M. Montreuil nous pêche une morue entre autres de quelques vingt-cinq livres. Tant qu’à moi, je ne me soucie guère de la pêche active étant indisposé par la mer quoique calme.

Et à cela je sais que je ne serais pas un bon marin car à chaque fois que je vais à la mer, je suis pris d’une hâte de remettre le pied sur la terre ferme au plus tôt. On revient vers midi et on a prit une intéressante photo (sur laquelle je figure avec la grosse morue de M. Montreuil).

On assiste ensuite à la préparation de la morue avant de la mettre dans la saumure. Ceci est aussi une démonstration de l’habileté avec laquelle ces pêcheurs manient le poignard.

Ce midi, pour nous remonter un peu l’estomac, on va dîner à l’hôtel car il devient monotone de toujours manger vite et froid à la campe.

Cet après-midi, j’ai le plaisir de connaître un bon vieux du village M. Alexis Dufresne. M. Le vicaire était allé coucher et mangé là. Ce monsieur tout gentil qu’il est, nous amène chez lui pour jaser et connaître sa famille.

Ce soir, on lève notre tente et on se prépare pour se rendre à S. Anne des Monts en bateau. On se rend au quai avec ami et bagage et nous devions partir vers 2 heures du matin. Ce fameux bateau tarde tellement à arriver que nous passons la nuit tous les quatre assis dans l’automobile.

Avez-vous déjà passé une nuit entière assis dans une auto? C’est très peu intéressant et d’autant plus fatiguant.

Mardi 21 juillet 1925
Enfin le jour paraît et on descend de l’auto pour se délasser. Mais inutile de répéter que nous sommes fatigués et sans entrain.

Eugène et M. le vicaire font connaissance d’un brave cultivateur résidant non loin du village. On est invité pour aller prendre là un dîner au maquereau ce que nous acceptons sans hésitation ayant à peu près pas déjeuné.

Toujours grâce à M. le vicaire, on est reçut au bon maquereau frais. C’est un très bon poisson. Après avoir bien mangé, voyant qu’on a l’air fatigué, on nous offre d’aller nous reposer ce que nous ne refusons pas et nous dormons à poings fermés jusqu’à cinq heures.

Durant ce temps, notre fameux bateau «Gaspésia» es passé. Mais ce n’est que partie remise car on en a un autre à soir. On l’attendait d’abord à minuit mais la même nuit que la précédente nous est réservée.

Ce fût un peu plus facile qu’hier, car on veille tous chez M. Narcisse Dufresne. Ce soir-là se passa bien. On fit du violon, du chant et de la danse rustique. On voit les choses dont s’amuse la jeunesse. Avec une franche gaieté, on s'amuse tous à la maison paternelle.

Et puis pour revenir à notre bateau, on se rend au quai vers minuit. La nuit entière se passe sans que le dit bateau donne signe de présence. On est fatigué, transi, engourdis et de mauvaise humeur.

Mercredi 22 juillet 1925
Quelques soient les circonstances, on mange ensemble quelques sandwichs à homard et on attend toujours.

Un autre monsieur devant prendre le même bateau que nous, avec son auto passa la nuit à la belle étoile ainsi que sa dame.

Et pour empirer l’histoire on aura appris que ledit bateau a fort bien pu passer tout droit durant la nuit à cause d’un épais brouillard arriva par la mer. On ne sait que faire. Notre bon Dufresne chez qui nous avons veillé un soir est venu au quai pour nous ammener déjeûner et nous reposer chez lui. Fatigués d’avoir de tels contretemps, on obéit à ce brave monsieur et on dort presque jusqu'à l’heure du midi ou finir le plat le temps se couvre et il est fort probable qu’on va se faire tremper.

Notre incursion à Rivière aux Renards est pratiquement terminée et le temps est venu de nous diriger vers notre «chez nous».

Nous nous reposons jusqu'à presque midi. Madame Dufresne nous sert dîner au maquereau bouilli et après convaincu et payé ces bonnes gens, on décide de s’en revenir car le chemin que nous entreprenons sera long.

Le temps est bas, mais il ne pleut pas encore. On laisse la Rivière-aux-Renards à une heure tous contents de nous rapprocher de notre «chez nous». On arrête au garage de Gaspé pour faire inspecter notre automobile, mais on s’y alla inutilement.

Le Monsieur Dufresne qui a veillé sur le quai avec nous la nuit dernière pour prendre le bateau a décidé de se rendre à Rimouski par voiture avec nous. À bord, nous ne nous éloignons pas et causa bien. Notre nouveau compagnon nous rend de grands services en nous enseignant un nouveau chemin (le chemin «Lemieux» nouvellement construit) pour éviter les capis (?????) de Percé ça passe très bien. Pas une côte. Pas de précipice. C’est bien différent du chemin de l’enfer par lequel nous sommes venus. Nous sommes biens soulagés car c’était pour nous un cauchemar que de repasser par le chemin épouvantable que nous avions prit pour venir.

On soupe à la hâte dans une maison de pension à Barachois et on veut faire du chemin avant de Compel. Il nous faut nous servir des lumières de l’auto malgré la faiblesse des batteries car la noirceur est vite venue. Nous nous rendons chez un M. Caron que notre compagnon connaît. Il était bien tard pour lever la tente alors on demande pour coucher sur la paille dans une grange mais on nous fait coucher à la maison dans de bons lits ce qui ne manque pas de nous plaire car tel que déjà dit, ça fait deux nuits qu’on ne dort pas. Notre ami Eugène est le premier à fermer l’œil et on le suit de près. Pas besoin de nous faire bercer pour dormir. Durant la nuit, nous avons une bonne orage mais les chemins sont vite séchés par le vent et le soleil.

Jeudi 23 juillet 1925
Eugène nous réveille à 7 heures. J’aurais dormi encore un peu. Mais il faut partir. Nous déjeunons et sans plus de cérémonie, après avoir remercié notre bon hospitalier nous filons.

Nous laissons un foyer qui vit naître onze enfants et qui donna à Dieu trois prêtres et quatre religieuses. N’est-ce pas que c’est sublime? La mère accepta bravement le sacrifice que lui demande le bon Dieu è en juger par son énergie qui est bonne figure. Je suis des plus touché de rencontrer de belles familles un peu partout sur notre route.

Nous nous en allons à Chandler pour voir à la réparation de notre machine et nous allons saluer les bonnes Sœurs Thomas et Éphigénie . Elles nous invitent à dîner ce que nous acceptons avec empressement. Nous visitons l’hôpital et nous admirons le site, la propriété et aussi la cordialité des religieuses. Il fait toujours bon de se voir comme chez soi un peu partout alors que nous sommes loin de notre foyer. Ceci est du à notre Monsieur le Vicaire qui partout est le bienvenu, car on traverse une région tout à fait catholique.

La ville de Chandler n’est pas comparable à notre beau village natal. Il y a une population d’à peu près 1 500. Le gagne-pain principal est un moulin à pulpe.

On y déplore le dépeuplement un peu à tous les ans. Les Etats-Unis et les grandes villes attirent une grande partie de la jeune population.

On passe une grande partie de l’après-midi au garage et notre compagnon Monsieur Dufresne a la patience d’attendre après nous.

Nous venons coucher à quelques 35 milles plus haut. On y monte la tente à la hâte et on a juste le temps de se mettre à l’abri pour éviter une bonne tempête que nous voyons venir. Nous entendons gronder le tonnerre au loin et je pressens que la tempête passe peut-être fort chez nous. M. Dufresne et Caron ont couché à la tente avec nous tandis que Madame Dufresne se retire dans le village.

On soupe assez tard et ensuite, après avoir été rendu visite à des employés du chemin de fer près desquels nous étions tentés, ont fait notre nid pour la nuit.

Inutile de dire que nous oublions vite nos parents et amis.


Vendredi 24 juillet 1925
À six heures, notre «curé» nous tire de notre profond sommeil. Nos deux compagnons semblent un brin reposé. Près un substantiel déjeuner on empaquète tout.

Sommes quelque peu retardés au village où Madame était allé à la messe. J’en profite pour aller moi aussi pour une petite prière à l’église remercier le Seigneur de nous épargner tout accident durant notre voyage. Nous nous remettons en marche pour tout de bon à huit heures.

Nous rencontrons des chemins plus ou moins trempés par l’orage d’hier soir qui a été plus forte à des places qu’à d’autres. Nous ne pouvons ainsi faire une grande distance et il faut aller tranquillement. Notre bon Monsieur Dufresne est avec nous, soit qu’il nous suive ou que nous le suivons de près. On tente à deux pour se rendre à Saint-Omer où notre cuisinier nous a promis un banquet au saumon frais. Nous nous y rendons 1 ½ heures et on prépare vitement le dîner car tous ont faim. Les uns pèlent les patates, les autres mettent la table aidés du cuisinier de la Cie de bois du N.-B. lequel cuisinier gracieusement met sa cuisine à notre disposition.

Tous font honneur au plat du saumon, et le cuisinier reçoit des félicitations bien méritées. On fait faire la digestion en parcourant le bord de mer pour y trouver quelques spécimens de pierres rares pour nous. Nous en trouvons en effet et avec ceux que nous apportons de la Rivière-au-Renards, nous pouvons tous ensemble former une belle collection.

On se remet en route après s’être bien régalé et délassé. Nos deux autos ne se distancent pas beaucoup. On arrive assez tard à la traverse de Campbellton comme on s’est amusé assez longtemps à Saint-Omer.

Après avoir traversé, on s’informe des chemins pour Rivière-du-Loup par le Nouveau-Brunswick. On nous assure qu’il faut aller passer par là pour avoir de beaux chemins, et ceci nous allonge d’au dela de nos prévisions. Nous en sommes fort désapointés surtout moi qui espérait être à Québec dimanche. Après avoir discuté la chose, je décide d’embarquer avec Monsieur Dufresne qui passe par la vallée de Matapédia. Mes gens tiennent beaucoup à visiter le Nouveau-Brunswick.

(Note : malheureusement, le dernier paragraphe du journal a subit des dégâts considérables et il est indéchiffrable pour l'instant. L'ensmeble du journal donne quand même des informations intéressantes sur la vie des gens en Gaspésie à cette époque.)

Photo du haut : Seule photographie prise par Napoléon Montreuil du voyage où on aperçoit Lionel Quesnel (penché).
2e photo : Carte mortuaire d'Eugène Séguin, le compagnon «ronfleur» du voyage (Musée des pionniers de Sant-André-Avellin).

vendredi 26 juin 2009

Une couverture de livre

J'ai terminé la semaine dernière l'illustration de cette couverture d'un collectif de nouvelles à paraître aux éditions Vents d'Ouest de Gatineau sous la direction de Michèle Bourgon et de Vincent Théberge. Il s'agit d'un recueil ayant pour thème «30 - trente - xxx» pour souligner les trente ans de l'Association des auteures et auteurs de l'Outaouais.

En route pour la Gaspésie IV



Vendredi 17 juillet 1925
À quatre heures (on se lève à bonne heure de ce temps-ci) on reprend notre route toujours dans la direction de la Gaspésie. Hier, j’ai oublié de mentionner quelque chose de remarquable pourtant. Voici : en passant à Chandler nous sommes arrêtés voir à l’hôpital Sœur Ephigenie et Sœur Thomas toutes deux anciennes de St-André-Avellin.

Ces bonnes religieuses paraissent très contentes de nous voir et là il nous a fallu agréablement perdre une heure. Inutile de dire qu’elles se sont informé de tout St-André et de toutes les connaissances.

Je reviens à ma journée de vendredi. Aujourd’hui, nous voyons des places très intéressantes. Nous passons par Percé; le rocher dont on entendait parler depuis longtemps est maintenant devant nos yeux. L’œil de l’homme ne peut décrire ce que c’est et les photographies ne peuvent donner une juste idée de ce morceau de roc haut de 288 pieds planté debout en plein océan. On peut aisément distinguer l’ouverture qui est pratiquée à travers le rocher. On peut aussi voir des nuées d’innombrables oiseaux qui en habitent le sommet, sûrs qu’ils sont de ne jamais être dérangés par la main de l’homme.

Ici, nous prenons par erreur un chemin inacoutumé et dont on défend l’accès (au bord de la route). On l’appelle le chemin de l’enfer et, sans vouloir effrayer personne, j’oserais répéter que l’expression est à peu près juste. Je ne puis dire beaucoup de ce chemin ni moi ni mes compagnons puisque la chose est presque indescriptible. Qu’il me suffise de vous dire que nous avons monté d’à peu près deux fois la hauteur du rocher percé dans les montagnes, et qu’ensuite il nous a fallu descendre dans des coupes de roc dont on ne peut donner une juste idée et par des courbes épouvantables, sur un chemin ne laissant à peine six pouces de jeu à l’auto. D’un côté c’est un mur de pierre dont la vue ne peut atteindre le sommet. De l’autre, c’est l’abîme sans fond. Ce chemin est long d’un gros mille. Au sortir de cette route une bonne femme toute surprise de nous voir arriver par ce chemin nous communique qu’aucun automobile n’avait fait ce trajet depuis huit ans.

Alors intérieurement chacun de nous (j’en suis sûr) remercie la bonne Providence de nous avoir gardé et on se jure qu’en revenant on ne se trompera plus de chemin.

Ici, à travers bois et par des chemins plutôt rocailleux, on approche tranquillement de Gaspé. On trouve ce bout de chemin long. Il nous faut longer deux grandes baies avant d’arriver à Gaspé. Gaspé est une ville plutôt industrielle et marine. Tout le monde est actif. On ne parle que de bateaux, mer et ports de mer et on ne voit que bateaux, barques à gazoline et engins de mer. Ce n’est pas propre.

On dîne ici à l’hôtel Boston. On est servi à la carte mais ça coûte cher. L’auto a quelques choses à réparer. On attend au garage à peu près deux heures. Le mécanicien s’est fait blessé par l’explosion d’un gros pneu quelques minutes avant le temps où il disait voir à notre machine.

Les troubles n’étant pas graves, on se dirige vers la Rivière aux Renards, but de notre voyage.

La pluie nous a obligés de mettre nos chassis car la route est dangereuse durant 25 milles de chemin et enfin on atteint le village de la rivière sous une pluie battante. Impossible de lever la tente par une telle température. On loge dans une maison de pension ou l’on est bien servi mais encore avec de l’argent.

On attend le beau temps pour camper.

Samedi 19 juillet 1925
Ce matin après avoir dormi comme des « bûches », on sort pour visiter les alentours. Le village est essentiellement composé de pêcheurs et partout il n’y a que des séchoirs pour la morue, maisonnettes, barges ou chaloupes.

Les gens sont des plus sympathiques. Partout, on nous parle, s’il y a lieu.

On trouve une place au campement et après le dernier dîner à la maison de pension, on lève la tente sans misère puisque tous les voisins sont autour de nous pour nous aider.

De fait, on va nous chercher de la paille pour notre litière, du bois pour la paille etc, et tout le reste de la journée ainsi que la soirée on a de la visite, à la porte de la campe se tiennent des enfants pêcheurs qui viennent nous voir, et il n’y a pas de service qu’on leur demande sans qu’il soit promptement exécuté. Mais ils ont le défaut d’être curieux.

Dans le cours de l’après-midi, malgré la grosse mer, on va faire un tour sur la mer pour pêcher la morue. Deux pêcheurs étaient avec nous. Les vagues étaient énormes et le ballottement effrayant. Nous n’avons pas été malades, cependant, après deux heures de pêche, il était temps de revenir. Pour moi, j’avoue un certain malaise qui n’aurait pas tardé à dégénérer aux vomissements.

Quand on est pas habitué à ces choses-là et que les vagues montent et creusent alternativement de 20 à 30 pieds, on est en proie à des malaises étranges.

Cependant, les pêcheurs ont trouvé que nous étions tenaces, car par un pareil temps disent-ils, beaucoup de pêcheurs menus ne peuvent aller à la mer sans avoir le mal de mer. Nous avons capturé treize morues mais ce n’est pas très intéressant cette pêche. On empâte avec des morceaux de harengs (ce que les pêcheurs appellent la boète). Il y a généralement deux hameçons par ligne avec un plomb pesant de 2 à 3 livres. Il n’est pas rare de voir les pêcheurs se servir 225 à 250 pieds de ligne. La morue mord au fond de l’eau et il faut être habitué étant donné la pesanteur du calant. C’est cependant très ambitionnant car on ne sort jamais la grasseux de la morue qu’on va tirer.

Ce soir, le temps se couvre, ce qui n’est pas encourageant vu l’état pitoyable des chemins pour Gaspé.

M. le Vicaire part coucher au presbytère.

On ne se couche pas tard car on est fatigués.

Dimanche 19 juillet 1925
Je dors tard ce matin n’ayant pas pu m’endormir à bonne heure hier soir.

Cependant, nous étions bien couchés. Temps pas trop froid. Bon lit de paille. Mais comme il y avait des inconvénients partout. Je ne puis m’habituer au ronflement des voisins pendant le sommeil.

Ce matin, beau temps ensoleillé. Cela a pour effet de nous ragaillardir un peu. La mer est calme et belle. Cependant, la vague monte 10 à 15 pieds sur la rive.

À 9 1/2 heures, Grand Messe à laquelle nous assistons. Ce fût M. Labelle qui officia. Moi, je monte au chœur de chant et chante avec quelques pêcheurs.

Qu’il me soit permis ici de dire combien j’ai admiré avec plaisir la profonde croyance de la population locale à la religion catholique. Tous les pêcheurs sont profondément catholiques et observent les lois du dimanche à la lettre. Le dimanche, pas de pêche, pas de travail ici. On assiste nombreux à la messe et c’est avec ferveur que l’on prie.

Le curé, un bon vieux prêtre de 71 ans depuis 37 ans résident dans cette paroisse, nous fit un sermon. Il est un type très original et joyeux. Il semble bien se plaire parmi sa population de pêcheurs qui d’ailleurs ne lui cause aucun trouble j’en suis sur.

Parlons maintenant de la pêche, le gagne-pain de la localité.

Ordinairement, les pêcheurs étendent leurs filets le soir pour prendre le hareng nécessaire destiné à l’appât pour la pêche du lendemain.

Quelques-uns couchent sur la mer dans leurs barques pour attendre l’heure de la pêche. Les autres ayant couché au village partent à 2 ou 3 heures du matin et mouillent à plusieurs milles du bord, où il y a des centaines de pieds d’eau de profondeur. On y pêche jusque dans l’après-midi et on revient la plupart du temps chargé de poisson. On l’éventre et sur des tables dressées à cette fin sur les sables du rivage. Après l’avoir fait tremper un certain temps dans la saumure, on la met au salut sur des séchoirs dressés à cet effet. Quand il pleut, il faut mettre la morue à l’abri et la remettre encore au séchoir jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement sèche.

On l’empile dans des hangars exprès en attendant de la vendre.

On dit que le pêcheur qui veut travailler fait beaucoup d’argent. La preuve c’est qu’il n’est pas rare de voir de vieux pêcheurs riches de 8 à 10 000$ biens qu’ils ont accumulé par les seules ressources de la pêche à la morue. Par contre, on en voit qui, malgré les chances qu’ils ont de réaliser quelques profits, passent leurs vies sans savoir faire des économies. Ici encore plus qu’ailleurs, quelques-uns se laissent gagner par la paresse et c’est ce qui cause leur stagnation.

Cet après-midi nous sommes témoins d’un rare et touchant spectacle : procession d’une centaine de berges sur la mer en chantant les litanies et autres prières pour demander à Dieu de faire cesser la pénurie actuelle de poisson. Ce fût un spectacle unique au monde pour moi. Imaginez quelques cent berges remplies d’hommes, de femmes et d’enfants se diriger certainement vers la mer dans un ordre parfait alors que tout le monde chante et prie. La croix à l’avant du premier bateau est suivi du clergé, du chœur de chant et de toute la localité ayant pris place dans les berges. Et soyez convaincu qu’il n’y a pas d’hypocrisie et que tous, recueillis demandaient sincèrement à leur Dieu l’abondance du poisson lequel est leur unique gagne-pain. Ceci fût le plus beau spectacle de notre voyage. Et on s’en souviendra longtemps.

Après la procession il y eut recueillement au Saint-Sacrement.

Nous passâme le reste de la journée à parler des coutumes du pays avec les pêcheurs, et cela ne manque pas de nous intéresser beaucoup.

Après le souper, nous allons à la «dérive» avec les pêcheurs. Aller à la dérive est aller étendre au large de longs filets d’environ 500 pieds sur la mer pour prendre la «boète» pour la pèche.

On capture 2 ou 3 cents harengs dans ces filets, et lorsqu’on n’a pas assez , il faut ramasser le lendemain aux petites heures pour s’assurer l’appat nécessaire à la pèche de la journée.

On pêche aussi le «Squid» (poisson bon seulement pour la boète), mais il est trop tôt encore, sachant qu’il arrive sur les côtes vers la fin juillet. On pêche le Squid avec cent «turlute» espèce d’hameçons à nombreuses pointes et le Squid se lance là-dessus sans appas. C’est un poisson très malpropre car en sortant de l’eau il nous lance un jet d’eau salée à la face nous a-t-on raconté.

Quand la berge marche cela cause une grande queue lumineuse derrière le bateau, à cause de l’hélice qui fait l’eau et mourrait rapidement. On va à l’avant du bateau, et on peut très bien distinguer les poissons se sauver à l’approche de l’embarquation. Cela est vraiment étrange à voir pour celui qui ne connaît pas la mer.

Et les pêcheurs habitués à ces choses trouvent comique de nous voir tant ébahis par ce phénomène.

Inutile de vous dire que la fatigue et les émotions de la journée favorisent le sommeil.

M. le vicaire couche chez un bon vieux citoyen qui comme lea autres peut tout faire pour rendre service.

Photos de Napoléon Montreuil.

mardi 23 juin 2009

En route pour la Gaspésie III



Mercredi le 15 juillet 1925
À cinq heures, la campe s'est levé, le déjeuner prit, le bagage ficelé, et on se mettait en route, toujours vers la direction de Gaspé.

On a du bon chemin mais il y a plusieurs routes en réparation. On a un petit contretemps en arrivant à Causapscol mais on s’arrête un peu dans un garage pour reposer le pneu qui se sentait indisposé.

Et puis, nous nous rendons dans la vallée de la Matapédia. Chemins généralements bons mais des côtes, il y en a.

On prend le bois pour 35 milles de longueur, et c’est à la fois superbe et effrayant de voir les coupes et les montagnes immenses que nous rencontrons.

Le chemin sur ce ponceau longe la Rivière-aux-Saumons d’un bout à l’autre. De temps à l’autre, nous sommes au niveau de l’eau. Un peu plus loin, le chemin est tracé dans le roc d’immenses montagnes à des centaines de pieds plus haut que la rivière d’un côté et près des montagnes hautes à perte de vue sur l’autre côté. Il nous faut jouer du klaxon presque continuellement car on ne peut presque pas rencontrer sur ce chemin dont le précipice et le mur de roc font ces boisés.

La Rivière-aux-Saumons tombe dans le fond de la baie des Chaleurs et sur un parcours de 35 milles coule continuellement un rapide sans aucune chute. Cette rivière est remplie de saumons que les Américains viennent chaque printemps. Des clubs viennent y faire la pèche et font défense absolu de pèches au public. Des gardes y sont installés tout le long de la rivière et gare à celui qui sera prit à pêcher.

Ce chemin est bien beau mais par contre on trouve le parcours long : sur toute cette distance on ne rencontre que quelques colons par ci par là. Et enfin, on arrive à Matapédia. C’est un gros village construit dans les montagnes près de la « Baie des Chaleurs ». On nous informe que les chemins partant de Matapédia pour Gaspé par le côté nord sont en réparation et qu’il est impossible d’y passer. Alors il nous faut entrer dans le Nouveau-Brunswick ce que nous faisons. On traverse la Rivière-aux-Saumons sur un beau grand pont et nous voilà dans le Nouveau-Brunswick. Comme c’est l’heure du dîner, on fait halte et on se prépare pour un bon dîner lorsqu’il me vient une idée. Nous avons apporté un peu d’alcohol avec nous en cas de besoin et la province du Nouveau-Brunswick est « sèche ». Il est donc prohibé d’y passer avec de l’alcohol. Alors, la peur nous gagne et il s’en suit que le dîner est abrégé. On s’empresse de retourner dans « notre province » pour prendre des informations. Et on nous assure partout qu’il n’y a aucun danger de traverser au N.B.. On se risque et on passe part. La ville de Campbellton est située sur les bords de la Baie des Chaleurs. Assez considérable et industrielle, elle est cependant d’un autre genre que nos villes québécoises. Ville totalement anglaise, elle est aussi habitée par des Acadiens au parlant aussi que l’anglais. On traverse à Causapscol et avec nous des gens qui font des pieds de nez aux gens de l’autre bord.

Nous sommes dans le comté de Bonaventure. Plus on avance, plus la Baie des Chaleurs s'élargit. On suit la rive presque tout le temps et ceci est d’autant plus intéressant que la mer est houleuse. On voit des choses inaccoutumés. Par exemple, je crois qu’il est intéressant de mentionner que sur une longueur de chemin d’un mille à peu près, on passe des ponts assez considérables. Ailleurs, sur une longueur de à peu près 4 milles on en passe 4 gros ponts couverts. C’est dire que dans cette partie du pays, les rivières et les ruisseaux abondent. Il y a des magnifiques petites sources d’eau placée un peu partout. On traverse deux baies sur les «ferry» pour éviter du long chemin. Les chemins sont encore beaux les ¾ du parcours. On les répare ou on les construit avec un sable rougeâtre pris sur les bords de la mer.

On campe à St-Omer où comme partout ailleurs on est très bien reçu par les employés d’une compagnie de bois du N.B. lesquelles trouvent étrange de nous voir lever une tente pour y passer la nuit. Pendant que M. le Vicaire et Eugène jasent avec les bonnes gens, M. Montreuil et moi partons avec une chaloupe pour aller faire un peu de pêche aux Poulamons. Nous en prenons un peu mais on est dérangés par la grosse mer dont les vagues nous bercent aimablement. On n’est pas long à dormir à soir car on a fait une bonne journée. En passant, qu’il me suffise de dire que nous faisons en moyenne de 150 à 200 milles par jour suivant l’état des chemins, les retards imprévus que nous avons tel que quelques légères réparations à nos pneus ou à l’auto, les arrêts que nous faisons soit pour « luncher », admirer ou prendre quelques intéressantes photos.

On trouve curieux d’entendre le parler différent des certaines gens avec qui nous sommes en contact sur le long de la route. Tel que déjà mentionné, on graseille un peu partout. Puis les patois ne manquent pas. J’en ai saisi quelques-uns : par exemple sur la traverse de Campbellton je crois j’entendis une jeune fille dire à un garçon « Bale moé l’dos » en voulant dire sans doute « Fiche moi patience ».

On appelle le vers à pêche « anchois » ou « lèche ». Un hameçon « croc au zin ». Un pain, quelques-uns nomment cela un « cuit » etc. etc.

Mais quelque soit leurs paroles plutôt rustiques, ce sont tous de bonnes gens affables, sympathiques et prêt à nous ouvrir leurs demeures sans doute à cause que nous avons avec nous un prêtre et que la très grande partie de cette population sont des Acadiens catholiques fervents.

Jeudi le 16 juillet
Nous quittons St-Omer après que M. le Vicaire ait dit sa Messe. Je suis allé servir sa messe mais ne put communier ayant bu à une source d’eau glacé tout près de notre campement. Nous suivons partout le long de la Baie des Chaleurs et presque à chaque demeure on y voit près de la maison des grands séchoirs sur lesquelles les pècheurs (car ici tout le monde s’occupe de pèche) font sécher de la morue. Oui, de la morue, on en voit partout. Ça sent partout la morue et ce n’est pas très agréable, je vous en assure. On voit quelque part à Carleton deux bons vieux pècheurs arrivant d’une randonnée sur l’océan avec quelques cent morues. On va assister à leur débarquement et leur pèche fut assez bonne pour charger deux chevaux. C’est dire qu’on en prend tant qu’on veut.

Ces gens vendent leur morue après l’avoir fait sécher à une compagnie puissante (The Robin Jones Whitman co.). Ces marchands ont des gros magasins partout sur la côte de Gaspé, et achètent le poisson qu’il paie à peu près le prix qu’ils veulent pour la morue, tout en vendant cher leur marchandise. Ils ont aussi des usines partout sur le bord de la mer pour la préparation du poisson pour le marché italien principalement.

On s’arrête un peu plus tôt qu’à l’ordinaire ce soir.

On a une belle eau à « Grande rivière »sur le bord de la mer. Le vent qui fut grand toute la journée, continue de souffler ce soir; les vagues d’une hauteur de quelques vingt pieds viennent s’abattre sur la rive avec un fracas assourdissant. La terre en tremble sous mes pieds.

Après un bon souper (notre cuisinier s’est surpassé ce soir) et quelques temps de jasette, on prend la nuit au son toujours sourd et monotone de la vague sans interruption jusqu’au matin. Le grand air commande le repos et on le laisse faire.

Photos : Tas de morue à Ste-Adélaïde (Napoléon Montreuil).
Monsieur le Vicaire, l'abbé Labelle, debout derrière le Père Paul Quesnel (Musée des pionniers de Saint-André-Avelin).